Cela ne pourrait suffire à définir son travail, mais sa démarche s’inscrit plutôt dans une filiation avec les membres de l’école de New-York. Pendant un certain temps, je l’ai notamment associé à de Kooning, un de Kooning pacifié et non figuratif. Pourtant l’inspiration de Jean-Marc repose — il le précise dans ce billet — sur des réminiscences. Des réminiscences liées, comme il est finalement facile de le discerner,
à la végétation, au jardin, au paysage… Ma première impression n’était donc pas la bonne. En voyant ces travaux, j’ai aussi éprouvé une sensation de fraîcheur, un peu comme s’ils étaient conçus et exécutés en un seul jet… Mais, ce n’est pas, là non plus, ce qu’il nous dit.

 

Passé ces conjectures, venons en à ce qui compte vraiment : l’interviewé a une vraie sensibilité de peintre, c’est un passionné. Je n’ai naturellement pas les moyens de vous délivrer la vérité nue et entière à propos du travail de Jean-Marc Trimouille. Cependant, au risque de vous infliger une séquence de termes relevant de la grammaire des couleurs, je ne peux résister à émettre un dernier commentaire. Durant la courte période, les deux années, où sont prises les toiles qui illustrent ce papier, on constate que l’artiste invoqué joue sur les oppositions diamétrales entre
les « couleurs complémentaires » : le vert et le rouge ou/et le violet et le jaune. 

 

Je ne développerai pas ici la notion plus significative, mais plus délicate, des « couleurs imparfaitement complémentaires ». Quoi qu’il en soit, à coté de ses « contrastes simultanés » et, vraisemblablement, dans la recherche d’un équilibre entre les tonalités hautes et basses de la composition, Jean-Marc utilise des tons « rompus », c’est-à-dire des tons résultant du mélange des
« complémentaires ». Dans ce régime tons vifs/tons rompus, il peut monter ses tons très hauts ou rester dans une coloration plus retenue, plus sourde.

 

Pour peu que l’on fouille sa collection, on trouve aussi de nombreuses toiles construites uniquement sur des rapports périphériques. Je veux dire par là, qu’il utilise un certain nombre de couleurs qui se succèdent sur le cercle chromatique, exceptées — justement — celles qui s’y opposent diamétralement. En réalité, je doute fort que Jean-Marc vive dans l’obsession du cercle chromatique, il travaille librement, instinctivement, et utilise tous les tons. L’important étant bien sûr que les tons soient à leur place et fraternisent… Que demande le peintre, en effet, si ce n’est un
« accord coloré » global ? 

 

 

 

 

J.L. Turpin : quelle est ta formation ? As-tu, par exemple, fréquenté une école d’art ? Dans l’affirmative, quelle école et qu’y as-tu appris ?

 

Jean-Marc Trimouille : J’ai été à l’ENSAD, l’école nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, c’est la sculpture qui importait pour moi alors, on y rencontrait des profs de bon conseil.

 

J.L. Turpin : Dans cette école as-tu fait une rencontre providentielle. En d’autres termes, un professeur t’a-t-il ouvert  la voie étroite qui mène à la peinture ?

 

Jean-Marc Trimouille : Par affinités, en marge de l’école, je me suis lié à des peintres de générations différentes, peintres qui semblaient partager un certain regard.
Ces gens avaient su cultiver pour eux-mêmes des rapports approfondis aux œuvres de grands artistes, ce qui m’intriguait car je ne comprenais pas comment cela était possible, comment ils s’y prenaient pour entrer en relation avec ce monde que pour ma part je connaissais mal.


J’ai saisi peu à peu que la transmission n’est rien d’autre que le bénéfice que l’on tire de l’observation de ceux qui possèdent un réel contact avec les choses en général, avec les œuvres en particulier, avec leur pratique bien sûr et que l’école est bien loin de suggérer cela. Celle-ci inculque méthode, techniques et érudition, ce qui peut nourrir une expérience personnelle mais quand à l’engendrer…

 

J.L. Turpin : Quels sont les peintres qui t’ont influencé, à quel moment et dans quelle mesure ?

 

Jean-Marc Trimouille : Pour répondre par le commencement, disons que j’ai pratiqué longuement la sculpture avec malgré moi un conditionnement de peintre car c’était là le milieu que j’avais trouvé, ce qui n’était pas sans incidences.
J’ai à plusieurs reprises désiré parallèlement au travail en volume, m’orienter vers la couleur mais je ne savais pas m’y prendre, j’ignorais comment travailler dans ce sens.

 

C’est lorsque j’ai étendu mon travail en dessin (peu coloré jusqu’alors) à la pratique du pastel sec que j’ai commencé à saisir émotionnellement à mon niveau, des notions d’ordre chromatique, de richesses de rapport des plans entre eux, de qualités de profondeur, de forme…

 

C’est ce qui m’a permis de commencer à regarder les peintres d’un autre œil et aussi d’entrevoir la possibilité d’une activité picturale sans plus me heurter à d’immédiates impasses comme antérieurement.


Les grands peintres classiques (c’est à dire tout académisme exclu, les deux termes classique et académique étant facilement associés, tort bien regrettable), qui demandent une fréquentation intense et régulière, sont d’un abord et d’un apport incomparable pour la formation du regard et donc pour répondre à ta question, d’une influence évidente. Ce qui pour moi en eux retient le plus l’attention est sans doute la puissance et l’intemporalité de leur pensée plastique (rien de cela naturellement dans l’académisme).


Par ailleurs l’“avalanche” créatrice du vingtième siècle, dont l’immense variété artistique constitue (comme pour beaucoup je pense) la plus riche production de nos proches horizons passés et qui reste sans doute pour une part significative la source de formulations actuelles ou émergentes, m’intéresse tout autant.

 

J.L. Turpin : Peux-tu me donner le nom de quelques-uns des “grands peintres classiques” et des peintres modernes d’envergure auxquels tu te réfères ?

 

Jean-Marc Trimouille : Je crois à la nécessité de les découvrir pour et par soi-même le plus possible, d’apprendre à les choisir, à les approfondir. Les gens un peu cultivés en matière d’art ont chacun en construction leur propre système de reconnaissance d’excellence vis à vis de la peinture, je dis “en matière d’art” et non en matière d’érudition, ce qui est très différent.

Tout réel amateur de peinture est par nature sélectif et sa “respiration” dans sa façon d’aborder la chose tient à la manière dont ses avis changent, se relativisent, se renouvellent. 

 

Ce sont ces balancements perpétuels, ces réajustements entre divers choix de peintres lui faisant signe qu’il lui faudrait pouvoir exprimer dans une durée, dans toutes les durées de son expérience et non se contenter de citer des noms mais cela n’est-il pas de l’ordre d’un dialogue intérieur qu’il faut savoir préserver ?

 

Bien entendu je peux dire que j’aime la peinture romane, que j’aime les primitifs français, que j’aime Watteau, que j’aime Delacroix et Manet, Braque, Bonnard, Marquet, Léger, Klee, Bram Van Velde, la peinture américaine et bien d’autres, voilà pour un nuage de noms, je préfère évoquer la manière dont j’essaie de m’approcher de ce qui constitue pour moi le ressort de telle ou telle œuvre, la manière de m’y appliquer par essais critiques. J’ai retenu par exemple les portraits de Maerten Soolmans et d’Oopjen Coppit de Rembrandt, La Mort de Chioné de Poussin, Jupiter et Antiope de Titien ou encore Henriette de Verninac de David où j’ai cherché à présenter une esquisse possible d’un chemin initié vers elles *.

 

(*) https://jeanmarctrimouille.wixsite.com/secretdurenard

 

Tes questions se rapportent à la formation initiale mais au-delà, précisons que la peinture est en soi un principe de formation continue.
Je veux également dire que je n’attends pas des œuvres classiques un quelconque « fil à suivre » (l’effet ramassé de notre discussion pouvant prêter à penser à tort des choses de ce genre).
Des influences, des affinités, chacun en a, j’en évoque pour ma part plusieurs d’époques très différentes mais rien de tout cela n’interfère dans mon travail au sein duquel je ne cherche à déployer des qualités que de moi-même… en déprise totale de toute référence, bien conscient aussi que dans l’action, il n’est pas de notion ou de sentiment d’intemporalité qui tienne !

 

J.L. Turpin : Des artistes incontestables, comme Nicolas de Staël et Giacometti, ont affirmé que ― d’une certaine manière, on peut peindre n’importe quoi. À chacun ses sources d’inspiration, ses sujets de prédilection. Quels sont les tiens ? Je pense ici aux éléments du monde visible ou d’un monde intérieur qui nourrissent ton travail.

 

Jean-Marc Trimouille : Ils partaient de données visuelles objectives et les acclimataient à leur subjectivité, il leur fallait un point de départ, un sujet. Tout sans doute ou “n’importe quoi” pouvait à la longue leur convenir. Leurs perceptions aigües de la réalité leur permettaient d’engendrer un monde parallèle à celui du réel dont elles se nourrissaient, il n’était donc pas étonnant qu’elles puissent tout (ou presque) absorber.

 

Il y a déjà un écart important entre leurs chemins et les nôtres. Si c’est le milieu dans lequel on vit qui fait de nous ce que l’on est, les préoccupations des peintres ou créateurs en général de périodes que nous n’avons pas connues nous sont par définition distantes, quoique on en apprenne néanmoins beaucoup sur le sens des idéaux artistiques des périodes passées en se rapprochant des œuvres.

Mais quand à ce qui aujourd’hui identifie sur le plan artistique, les individus que nous sommes, au ressort de la pensée, que savons-nous de précis et que pressentons-nous comme indice en elle qui soit de nature à nous permettre d’agir nos rêves ? Dans l’hypothèse d’une ignorance collective probable à ce sujet, j’estime que le rapport des sensations que l’on éprouve au contact des choses a toute son importance (en tout cas dans un premier temps) comme guide intuitif dans le sens d’une création vivante, dans l’espace physique et temporel d’une recherche qui vaille…

 

Pour ma part donc, pas de sujet de prédilection ni de sujet tout court mais plutôt, chemin faisant, l’attente de quelque chose, de rencontres de hasard avec des sentiments ou des perceptions vécues dans des temporalités diverses, récentes ou très anciennes voire des perceptions ou des souvenirs imaginaires.

 

J.L. Turpin : Peux- tu évoquer ton processus créatif ? Pour le dire autrement, quelle est ta démarche ou ton fonctionnement dans l’atelier et, le cas échéant, hors de l’atelier ?

 

Jean-Marc Trimouille : Si il y a processus, il est précisément lié au fait que je n’ai pas de projet préalable.
Je sais que quand je me mets à l’ouvrage, ce qui résulte des premières approches aura des conséquences diverses à l’issue d’un certain nombre (très variable) de séances.

Ces conséquences ont à voir avec l’organisation des choses (je pense à ce qui se met progressivement en place) telle qu’elle ne se détecte pas au premier abord mais renforce constamment ce que l’on voit (du tableau).
Je peux dire que j’espère sans cesse la survenue d’une complexion sous-jacente qui nourrisse l’apparence. Ce qui m’intrigue, bien sûr est le lien qui s’établit entre les deux, si il est effectif, inattendu, original et non reproductible.

 

J.L. Turpin : Toujours à propos de ta façon de travailler, de ta démarche, et même si cela peut te sembler un peu trivial, j’aimerais savoir combien de temps tu consacres à une toile, de son ébauche à son « aboutissement » — en moyenne bien sûr ou dans les cas les plus fréquents. D’autre part, quelle est, approximativement, la proportion de travaux gardés (aboutis ou simplement continués, non recouverts) par rapport à tous ceux que tu entreprends ?

 

Jean-Marc Trimouille : Je pense que le temps est au cœur du processus pictural, qu’il est lié à une situation qui se dessine peu à peu, que cette situation à divers stades de son évolution demande du recul, du temps précisément consacré par le regard à en déterminer les enjeux, selon quelles modalités, etc. Je n’entreprends pas une peinture seule mais plusieurs, chacune d’elles peut à un moment rester en attente à un stade des plus variables, il est rare qu’un nombre de séances qui se suivent de manière rapprochée s’affirme dans la foulée.

 

Il me semble que c’est donc (dans le cas favorable d’un tableau qui se met à exister) le temps qui consacre une toile et non le peintre qui lui consacre du temps.
Il y a bien sûr une proportion non négligeable de toiles qui ne tiennent pas dans la durée, par manque justement d’aboutissement, en prendre conscience peut permettre de réactiver en elles les choses, encore une question de temps… non quantifiable.
Je dirais qu’il y a deux invités dans cette histoire, le temps et soi.

 

J.L. Turpin : À ton avis, existe-t-il des critères qui permettent d’évaluer la valeur artistique d’un tableau ? En tout cas, quelles qualités cherches-tu aussi bien dans tes travaux que dans ceux des autres ?

 

Jean-Marc Trimouille : C’est un peu ce que je j’évoquais précédemment : une forme d’ensemble qui retienne l’attention, teinte d’une vision atypique des choses, pétrie par les sens, investie de “sur-présence”, une sorte de mission impossible…

 

J.L. Turpin : Depuis des décennies, la peinture souvent est présentée comme une forme d’art dépassée, sans véritable légitimité. Quel est  ton avis sur l’état du monde de la peinture, du monde actuel de la peinture ?

 

Jean-Marc Trimouille : L’Art contemporain a réellement généreusement pour principe (si j’en crois les écrits de quelqu’un comme Paul Ardenne) de ne pas accepter l’idée d’un encadrement préalable autorisé qui seul déterminerait les critères d’une expérience artistique.
Il offre le champ ouvert des possibles à tout un chacun vers la réalisation de soi par un biais qui reflétant une nature artiste, tente de qualifier le monde, une actualité de la pensée, etc.
Je ne vois pas en quoi une aventure picturale aujourd’hui dérogerait à cette offre. Ce n’est donc pas cette forme d’art qui est dépassée mais le questionnement sur sa légitimité…
Peut-être est-ce aussi un manque d’information quand à son actualité !

 

J.L. Turpin : Est-ce que la modernité, l’ancrage dans l’époque actuelle, te préoccupe ? Si c’est le cas, comment cette préoccupation se traduit-elle dans ton travail ?

 

Jean-Marc Trimouille : J’essaie simplement de m’approcher de ce qui me semble juste, pour le reste…

 

J.L. Turpin : La plupart des activités humaines supposent un résultat concret, quelque chose que l’on puisse mesurer. À ton sens, est-il possible de peindre sans autre objectif que d’agencer des surfaces colorées ? C’est-à-dire de travailler sans même se soucier du résultat, en cherchant juste à éveiller et à affirmer la vie du tableau ? En d’autres termes la peinture se suffit-elle à elle-même ?

 

 

Jean-Marc Trimouille : La vie du tableau est certainement primordiale mais comme elle est indissociable de la vie de son auteur par qui elle prend naissance, il ne fait guère de doute qu’il demeure (le tableau) essentiellement pour le peintre la constitution d’un miroir des tensions de soi qui lui permet d’apprendre un peu mieux à se connaître… tensions qui dénotent une chose fondamentale, les qualités de sa poétique s’il en est.

 

Entrevue avec Jean-Marc Trimouille réalisée en juin 2020 pour sur-la-peinture.com

This could not be enough to define his work, but his approach is rather part of a filiation with members of the New York school.

For a time, I associated him with de Kooning, a pacified, non-figurative de Kooning.

Yet the inspiration of Jean-Marc rests — he says so in this note — on reminiscences.

Related reminiscences, as it is finally easy to discern, to vegetation, garden, landscape…

So my first impression was not the right one. Seeing this work, I also felt a sense of freshness, as if it were designed and executed in a single stream…

But that is not what he is telling us either. 


After these conjectures, let’s come to what really matters: the interviewee has a true painter’s sensibility, he is a passionate. Naturally, I do not have the means to deliver to you the naked and complete truth about the work of Jean-Marc Trimouille. However, at the risk of inflicting on you a sequence of terms related to the grammar of colors, I cannot resist making a final comment. During the short period, the two years, when the canvases illustrating this paper are taken, we note that the artist invoked plays on the diametric oppositions between the « complementary
colors » : Green and red and or purple and yellow.

 

I will not elaborate here on the more significant but delicate notion of “imperfectly complementary colors”.
Anyway, besides his « simultaneous contrasts » and, probably, in the search for a balance between the high and low tones of the composition, Jean-Marc uses « broken » tones, that is to say tones resulting from the mixture of « complementary ». In this scheme vivid tones/broken tones, he can rise its very high tones or remain in a more restrained, duller coloring.

 

If one searches its collection, one also finds many canvases built solely on peripheral relationships.
By this I mean that he uses a certain number of colors that succeed each other on the chromatic circle, except—precisely—those that oppose it diametrically.
In reality, I doubt very much that Jean-Marc lives in the obsession of the chromatic circle, he works freely, instinctively, and uses all the tones. The important thing is of course that the tones are in their place and fraternize… What does the painter ask, if not a global « color agreement »?

 

J.L. Turpin : What is your training ? Have you, for example, attended an art school ? If so, which school and what did you learn there ?


Jean-Marc Trimouille : I attended ENSAD courses, the National School of Decorative Arts in Paris, sculpture was important to me then, we met teachers of good advice. 

 

J.L. Turpin : In this school did you meet a providential person. In other words, has a teacher given you the narrow path to painting ?

Jean-Marc Trimouille : By affinities, on the fringes of the school, I linked myself to painters of different generations, painters who seemed to share a certain look.
These people knew how to cultivate for themselves in-depth relations with the works of great artists, which intrigued me because I did not understand how this was possible, how they went about to enter into relationship with this world that I, for my part, did not know well. 

 

Little by little, I have come to understand that transmission is nothing more than the benefit of observing those who have a real contact with things in general, with works in particular, with their practice of course, and that the school is far from suggesting this.
It inculcates method, techniques and scholarship, which can feed a personal experience but when to generate it… 

J.L. Turpin : Which painters influenced you, when and to what extent ?

Jean-Marc Trimouille : To answer at the beginning, let’s say that I practiced sculpture for a long time, despite myself a painter’s conditioning, because that was the environment I had found, which was not without repercussions.

In parallel of my work in volume, I repeatedly explored the colors, but I didn’t know how to do it, I didn’t know how to work in this direction.

 

It was when I extended my work in drawing (little colored until then) to the practice of dry pastel that I began to grasp emotionally at my level, notions of chromatic order, of richness of relation of the planes between them, of qualities of depth, of form…


This is what allowed me to begin to look at the painters with another eye and also to glimpse the possibility of a pictorial activity without running into immediate impasses as before.


The great classical painters (that is to say all academicism excluded, the two classical and academic terms being easily associated, much regrettable mistake), which require an intense and regular attendance, are of a first and incomparable contribution to the formation of the gaze and therefore to answer your question, of an obvious influence.
What for me in them holds the most attention is undoubtedly the power and timelessness of their plastic thinking (none of this naturally in academicism).

 

Moreover, the creative “avalanche” of the twentieth century, whose immense artistic variety constitutes (as for many I think) the richest production from our near past horizons and which is undoubtedly a significant source of current or emerging formulations, interests me equally. 

 

J.L. Turpin : Can you give me the names of some of the “great classical painters” and modern painters of scale to which you refer ?

Jean-Marc Trimouille : I believe in the need to discover them for and by oneself as much as possible, to learn to choose them, to deepen them.
People who are a bit cultured in art have their own system of recognition of excellence in painting, I say “in art” and not in scholarship, which is very different.

Any real amateur of painting is by nature selective and his “breathing” in his way of approaching the thing is the way his opinions change, relativize, renew themselves. 

 

It is these perpetual swings, these readjustments between various choices of painters, which indicate to him that he should be able to express in a long time, in all the durations of his experience, and not be content with quoting names, but is it not the order of an internal dialogue that must be preserved ?      

 

Of course I can say that I love Romanesque painting, that I love French primitives, that I love Watteau, that I love Delacroix and Manet, Braque, Bonnard, Marquet, Léger, Klee, Bram Van Velde, American painting and many others, so much for a cloud of names, but I prefer to talk about the way I try to approach what constitutes for me the spring of this or that work, the way to apply myself to it by critical essays.
I retained for example the portraits of Maerten Soolmans and Oopjen Coppit by Rembrandt, The Death of Chioné by Poussin, Jupiter and Antiope by Titian or Henriette by Verninac by David where I sought to present a possible sketch of a path initiated towards them *. 

 

(*) https://jeanmarctrimouille.wixsite.com/secretdurenard

 

"Your questions relate to initial training, but beyond that, paint is in itself a principle of continuing training.
I also want to say that I do not expect classical works to have any «thread to follow» (the collected effect of our discussion could lead to a wrong thinking of such things).
Influences, affinities, everyone has them, I for my part evoke several from very different eras but none of this interferes in my work, in which I seek to display qualities only of myself...
letting go any reference, well aware also that in action, there is no notion or sense of timelessness that holds !"

J.L. Turpin : Indisputable artists, like Nicolas de Staël and Giacometti, have affirmed that in a certain way, one can paint anything. To each his sources of inspiration, his favorite subjects. What are yours ? I am thinking here of the elements of the visible world or of an inner world that feed your work.

Jean-Marc Trimouille : They shared objective visual data and acclimatized them to their subjectivity, they needed a starting point, a subject. Everything or “anything” could eventually suit them.
Their acute perceptions of reality allowed them to create a world parallel to that of the real they were nourishing, so it was not surprising that they could absorb everything (or almost everything).

 

There is already a significant gap between their paths and ours. If it is the environment in which we live that makes us what we are, the concerns of painters or creators in general of periods we have not known are by definition distant, although we nevertheless learn a lot about the meaning of the artistic ideals of past periods by getting closer to the works.

But as for what today identifies on the artistic plane, the individuals that we are, at the root of thought, what do we know about specifics and what do we perceive as a clue in it that is likely to allow us to act our dreams? In the hypothesis of a probable collective ignorance on this subject, I consider that the relationship of the sensations that one experiences in contact with things has all its importance (at least at first) as an intuitive guide in the sense of a living creation, in the physical and temporal space of a worthwhile research…

 

For my part, therefore, no subject of predilection or subject at all but rather, on the way, the expectation of something, of random encounters with feelings or perceptions lived in various temporalities, recent or very old perceptions or imaginary memories. 

 

J.L. Turpin : Can you talk about your creative process? To put it another way, what is your approach or your operation in the workshop and, if necessary, outside the workshop ?

Jean-Marc Trimouille : If there is a process, it is precisely related to the fact that I do not have a preliminary project.
I know that when I get to work, the results of the first approaches will have different consequences at the end of a certain (very variable) number of sessions.

These consequences have to do with the organization of things (I think of what is gradually being put in place) such that it is not detected at first but constantly reinforces what we see (from the table).
I can say that I keep hoping for an underlying complexion that feeds the appearance. What intrigues me, of course, is the link between the two, if it is effective, unexpected, original and non-reproducible. 

 

J.L. Turpin : Always about the way you work, your approach, and even if it may seem a little trivial to you, I would like to know how much time you devote to a painting, from its draft to its "culmination"—on average of course or in the most frequent cases.
On the other hand, what is, approximately, the proportion of work kept (completed or simply continued, not covered) in relation to all that you undertake ?

 

Jean-Marc Trimouille : I think that time is at the heart of the pictorial process, that it is linked to a situation that is gradually emerging, that this situation at various stages of its evolution requires hindsight, time spent precisely by the gaze to determine the stakes, according to which modalities, etc.
I do not undertake a painting alone but several, each of them can at a time remain in waiting at a stage of the most variable, it is rare that a number of sessions that follow one another in a close manner asserts itself in the wake.

 

It seems to me that it is thus (in the favorable case of a painting that begins to exist) the time that devotes a painting and not the painter who devotes time to it. 

There is, of course, a significant proportion of canvases that do not last timewise, precisely because of a lack of realization, staying aware of make it possible to reactivate things in them, again a matter of time... not quantifiable.
I’d say there are two guests in this story, time and self. 

 

J.L. Turpin : In your opinion, are there any criteria that make it possible to evaluate the artistic merit of a painting ?
In any case, what qualities do you seek in your works as well as in those of others ?

Jean-Marc Trimouille : This is what I was talking about earlier : a form of ensemble that attracts attention, tinged with an atypical vision of things, blended by the senses, invested with “over-presence”, a kind of mission impossible… 

 

J.L. Turpin : For decades, painting has often been presented as an outdated art form, without any real legitimacy.
What is your opinion on the state of the world of painting, of the current world of painting ?

Jean-Marc Trimouille : Contemporary art really has a generous principle (if I believe the writings of someone like Paul Ardenne) not to accept the idea of an authorized prior framework that alone would determine the criteria of an artistic experience.
It offers the open field of possibilities to everyone towards the realization of self through a way that reflects an artist nature, tries to qualify the world, a timeliness of thought, etc. 

I do not see how a pictorial adventure today would depart from this offer. It is not this art form that is outdated but the questioning of its legitimacy...
Perhaps it is also a lack of information about its topicality! 

 

J.L. Turpin : Do you care about modernity, anchoring it in the present era? If so, how does this concern translate into your work ?

Jean-Marc Trimouille : I’m just trying to get close to what I think is right, for the rest… 

 

J.L. Turpin : Most human activities involve a concrete outcome, something that can be measured. In your opinion, is it possible to paint without any other objective than to arrange colored
surfaces ?
That is to say to work without even worrying about the result, just seeking to awaken and affirm the life of the painting? In other words, is painting enough for itself ?

Jean-Marc Trimouille : The life of the painting is certainly primordial but as it is inseparable from the life of its author by whom it originates, there is no doubt that it remains (the painting) essentially for the painter the constitution of a mirror of the tensions of self which allows him to learn a little better to know himself… tensions that denote a fundamental thing, the qualities of his poetics if any. 

 

 

Interview with Jean-Marc Trimouille conducted in June 2020 for sur-la-peinture.com